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19 février 2021

Carême : l'expérience spirituelle du désert

Partir dans le désert pour se retrouver et se ressourcer, c’est ce que proposent plusieurs retraites. En cette période de Carême, un parallèle se dessine.

LES RETRAITES DANS LE DÉSERT EN PRATIQUE

Isabelle Talvande, goumière, lanceuse de Goums, explique que le premier Goum a été lancé en 1969 dans le Vercors par Michel Menu. Les Goums ainsi que les retraites Sinaï que Louis Raynaud avait organisé s’adressent en particulier aux jeunes entre 25 et 35 ans. Ces retraites ont lieu chaque été et durent 12 jours. Elles ont été organisées en Algérie, en Jordanie ou en Arménie. 72 personnes peuvent y participer et au préalable, les organisateurs rencontrent les potentiels participants afin de discuter et d’apprécier si le moment est bien choisi pour effectuer la retraite.

Lire la suite sur RCF :
https://rcf.fr/actualite/societe/careme-l-experience-spirituelle-du-desert

 

6 décembre 2016

En marche...

Encore bouleversé par le décès de Dominique-Jean, nous avons goûté avec beaucoup de bonheur l’émission REPLIQUES du week-end dernier consacré à la marche. On y retrouve, aux côtés d’Alain Finkelkraut, et sous la plume et la voix de Sylvain Tesson, une philosophie et un état d’esprit qui parleront je pense à beaucoup de goumiers. Son dernier livre, Sur les Chemins noirs, le qualifie à notre avis comme invité de premier choix pour notre prochaine AG !

Pour réécouter cette émission, c’est par ici :
https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/en-marche



9 octobre 2012

En Terre Sainte, sur les pas du Christ

En juin 2012, la basilique de la Nativité de Bethléem, le plus ancien édifice chrétien de Terre sainte (Ve siècle) conservé a été classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. On peut s’en réjouir, d’abord parce que cette église vénérable méritait une attention spéciale, et puis parce que la Palestine, membre récent de l’UNESCO, avait besoin d’un signe concret de l’attention de tous eu égard au patrimoine dont elle est chargée. Mais au final n’est-il pas cocasse que Bethléem, lieu saint par excellence, où le Verbe de Dieu s’est manifesté pour sauver l’humanité de la perdition éternelle, fasse l’objet d’un classement humain ? À Bethléem, ne convient-il pas surtout de se rappeler que l’humanité a été classée au patrimoine éternel de la divinité ? Un tel classement, depuis vingt siècles, assure la pérennité de notre race ! L’attention d’une société de nations pacifiques vis-à-vis de Bethléem est certes chose réjouissante : mais ô combien plus encore l’amour insondable de Dieu venu sauvegarder, pour ne pas dire « sauver », ce qui était voué à l’effondrement et à la disparition !

Les lieux saints : Bethléem, Nazareth ou Jérusalem, pour ne citer que les principaux, sont des sites marqués, classés, par Dieu, pour que nous fassions mémoire de sa bienveillance « en faveur d’Abraham et de sa race à jamais » (Luc 1, 55).
 
En ces lieux, dits saints, que Dieu nous a désignés, que la tradition juive puis chrétienne a reconnus, dont le souvenir nous a été transmis, nous venons nous ressourcer, nous rappeler que Dieu s’est intéressé à nous. En ces lieux qu’il a visités, où le Ciel a touché notre monde, nous voulons venir toucher le Ciel, notre Patrie véritable.

Nous n’allons pas seulement visiter des sites ou des lieux saints : nous allons placer nos pas dans le creux des chemins où Jésus a marché. Mieux que cela : nous allons peiner, avoir faim et soif là où Dieu lui-même a peiné, a eu faim et soif, où il a cheminé avec ses disciples lents à croire à la Révélation suprême de son amour.
« Goum », comme me le rappelait un frère orientaliste, signifie le fait d’avoir levé un groupe de personne pour une mission spéciale — référence aux goumiers d’Afrique du Nord. Alors, oui, « levons-nous ! Partons d’ici ! », suivons Jésus qui nous presse d’entrer avec lui dans sa Pâque (Jean 14, 31). Partons avec lui, légers, en déposant tout soucis du monde ; faisons-lui confiance : il connaît ce monde, il nous connaît ; avec lui si nous mourrons, nous vivrons pour toujours. De façon certaine il nous a classés en son patrimoine : apprenons à vivre comme lui, avec lui, en ces lieux qu’il a visités.
Padre Nicolas-Jean, op.

2 juillet 2012

Le raid goum, révélateur de l’aventure qu’est la vie de chacun de nous

Belle méditation sur l'aventure proposée par le Padre Benoit Rivière dans la belle étoile de Pentecôte :

En commençante cet article pour La Belle étoile, je me tourne d’abord vers Michel et Madeleine MENU, unis dans le mariage, compagnons d’éternité. Madeleine, vous le savez, vient d’être rappelée a la maison du Père. Sans Madeleine, Michel n’aurait jamais réalisé tout ce qu’il a porte en lui de passion pour l’éducation des jeunes et des adultes. Avec les amis Goumiers, mais aussi à la suite de ceux qui ont suivi Michel et Madeleine depuis encore plus longtemps dans l’aventure du scoutisme, nous vous sommes tellement redevables ! Michel et Madeleine, vous nous avez donné le gout de la seule aventure qui vaille la peine de tout risquer : celle de notre vie personnelle reçue de Dieu pour en faire une offrande. Les Goums sont certes une aventure objective depuis 40 ans. On peut la décrire : elle a ses caractéristiques et elle s’inscrit dans l’histoire de l’expérience éducative marquée notamment par des héritiers spirituels du Père DONCOEUR. Ce n’est pas mon propos de reprendre ici en elle-même l’aventure des Goums, mais plutôt de réfléchir avec les lecteurs de ce numéro de La Belle étoile a cette question : le raid Goum n’est-il pas un révélateur précieux de l’aventure intérieure qu’est la vie humaine et personnelle de chacun de nous ?
Est-ce que le raid Goum ne renvoie pas finalement chaque participant à cette prise de conscience : que fais-tu de ta vie reçue de Dieu ? En fais-tu une unique et belle aventure ?
Ou bien vas-tu te disperser continuellement dans la quête de multiples aventures toutes plus ou moins décevantes, que tu auras menées pour toi au lieu de les mener avec et pour les autres ? Qu’est-ce que ma vie ? Qui suis-je ? Au lieu de tourner en rond avec ces questions, le raid Goum propose une expérience d’Eglise, c'est-à-dire une expérience de convocation pour marcher au désert et pour y marcher ensemble. Là nous découvrons paradoxalement ceci : ce n’est pas à l’extérieur de ma vie profonde que je dois chercher à m’agiter et à me donner et ce n’est pas sans les autres ; c’est plutôt à partir du secret de mon âme, ou Dieu m’attend comme mon Père et où il me donne sa lumière : . Ton Père est là dans le secret. . Et il nous donne dans Sa lumière de voir nos frères. J’ai reçu de mon Père la vie. Il est mon créateur et mon Dieu. Il me conduit avec les autres vers le lieu où se refont les forces et la joie de la vie véritable : habiter en frères et en fils la maison de Dieu tous les jours. Celui qui se connait peu à peu devant Dieu, celui qui ne fuit pas cette lumière bienheureuse de l’amour dont Dieu l’aime, entre alors dans la véritable aventure qui n’aura pas de retour pur et simple à la case départ : offrir sa vie avec le Christ. Faire de notre vie peu à peu, pas à pas, un simple acte d’amour, voilà l’aventure qui peut combler le désir profond de l’être humain. Avec sa méthode toute ordinaire, le raid Goum conduit librement à passer de l’égoïsme au don, a passer des petits divertissements a la vraie joie, a passer finalement du piétinement sur place à la marche du pèlerin au grand large. Au fond, le raid Goum est un peu comme un déclencheur salutaire de la vie personnelle découverte comme l’aventure. Par excellence : je suis moi-même l’aventure que je peux mener, des lors que je me laisse ouvrir l’oreille et les yeux à ce que Dieu dit et montre, des lors que je quitte mon territoire et mes habitudes pour aller vers les autres, comme Abraham partant avec toute sa famille vers le lieu que Dieu lui montrerait.

31 mai 2012

Pour nourrir nos vocations d'éducateurs

Passé la tristesse, voilà de quoi conforter dans leur vocation les éducateurs qui ont l'amour de leur prochain chevillé au corps et au coeur. Les lanceurs de raid Goum sont de ceux là.
http://www.atlantico.fr/pepites/jeunes-francais-se-droguent-plus-en-plus-376743.html
www.atlantico.fr
L'expérimentation du cannabis est en hausse de 25%.

11 mai 2012

Goumiers, Goumières, créature et création

Une belle méditation donnée par le Padre Michel dans la dernière édition d'A LA BELLE ETOILE de Pâques

La Goumière, le Goumier : des créatures. Créatures dans la création ; créatures en création ; créatures de l'univers visible ; créatures de l'univers invisible ; créatures du Père ; créatures dans le Fils ; créatures vivantes d'Esprit ; créatures jugées ; créatures ressuscitées ; créatures vivantes. Le Credo décline tant et tant de modes d'être des créatures, pourtant issues d'Un Seul Acte créateur, qu'ils prennent des couleurs arc-en-ciel selon les personnes de la Trinité, ou les étapes de l'économie du Salut.

Et la créature particulière qu'est la Goumière et le Goumier en profite ! Créature rayonnante dans la brise réconfortante et les descentes bénies, dans les mélodies illuminatrices autour du feu qui chante, le sourire des cieux et les étoiles aux visages des filles et des garçons. Créature jugée, au crible de la Montée de la Farine et dans la soif aride qui crevasse la langue, dans la durée immobile d'un jour trop long et d'une ligne trop droite et monotone, dans le lancinement d'une hanche ou d'un genou gênant. Créatures vivifiées par une solide bourrade amicale qui relance quand on cale, ou l'esprit qui vagabonde en pleine liberté et imagination féconde au cours de la méditation.

La Goumière et le Goumier sont des créatures bien particulières puisqu'elles expérimentent consciemment les façons multiples dont l'Unique Acte créateur a su habiller son mystère. Le Credo, lui aussi, en sa sagesse couturée de coups et de Goumiers et Créatures Sur les sentiers du Credo luttes dans les Temps de nos Pères, nous offre une piste à suivre. À la manière d'un chemin du Causse : un seul chemin, et tant de paysages !

Nous sommes créatures, et nous aussi passons par des intensités variables de conscience et participation à cette nature créée. Parfois présents, souvent absents, réussissant à l'occasion, échouant plus qu'on ne voudrait, mais toujours créatures. Créatures par essence éternelle, par existence momentanée, par humilité de conscience : la créature qui gît dans la Goumière et le Goumier est unique en même temps qu'elle est variable ! Le pèlerin russe dit de lui-même, en se présentant à la première page de son récit : « Par la grâce de Dieu, j'ai été créé homme et pécheur ». Être Goumière et être Goumier, c'est être une créature, dans et par ces variations, qui révèlent l'Unique Acte créateur, celui qui vient du Seigneur et qui s'en va vers notre liberté ressuscitée, jamais méritée et toujours graciée, en passant par le risque du mal, infligé ou pâti.

Goumières, Goumiers, créatures, nous n'avons donc pas un regard béat ou photographique devant un Aigoual, une gorge, un Tarn ou un Point Sublime. Non : un clin d'oeil complice, de créature à créature, embarquées dans le même élan. Nous n'avons pas non plus le visage attristé par un village abandonné et envahi par les ronces, un bas-fond qui nous fait perdre l'azimut. Au contraire, nous avons la vision consciente de ce que la création est laide quand elle est emprise dans la tortuosité du mal. Devant la Création, exaltante ou décevante, nous, créatures et marcheurs, nous communions.


Le premier lanceur de mon premier raid (il se reconnaîtra) confiait une conviction au « Padre-questionneur » que j'étais (et suis toujours encore hélas) qui se demandait comment on faisait adoration en raid : « Padre, l'adoration Goumière, elle n'est pas d'abord eucharistique : l'hostie, on la mange le matin. Elle n'est pas d'abord biblique : l'évangile, on le referme après la méditation. Ces adorations sont justes et bonnes, mais elles viennent après la vraie, la puissante, la constante et la première des adorations du Goumier : l'adoration cosmique, celle de la Trinité en acte dans les heures et les lieux, les terres et les ciels du Causse. C'est le Goumier qui devient avec son Christ une Hostie dans l'ostensoir de la Création ». Il avait tout dit. Et maintenant, créature, fais silence.



Padre Michel Besse, spiritain Volontaire permanent d'ATD Quart-Monde

22 juin 2011

BXVI : L'homme ne peut pas être dominé par la technique et devenir son sujet

Magnifique allocution de notre Saint-Père le Pape devant les ambassadeurs le 16 juin dernier :

Mesdame et Messieurs les Ambassadeurs,
C’est avec joie que je vous reçois ce matin au Palais apostolique […] Puisque j’ai l’opportunité de rencontrer chacun d’entre vous de manière particulière, je désire maintenant parler plus largement. Le premier semestre de cette année a été marqué par d’innombrables tragédies qui ont touché la nature, la technique et les peuples. L’ampleur de telles catastrophes nous interroge. C’est l’homme qui est premier, il est bon de le rappeler. L’homme, à qui Dieu a confié la bonne gestion de la nature, ne peut pas être dominé par la technique et devenir son sujet. Une telle prise de conscience doit amener les Etats à réfléchir ensemble sur l’avenir à court terme de la planète, face à leurs responsabilités à l’égard de notre vie et des technologies. L’écologie humaine est une nécessité impérative. Adopter en tout une manière de vivre respectueuse de l’environnement et soutenir la recherche et l’exploitation d’énergies propres qui sauvegardent le patrimoine de la création et soient sans danger pour l’homme, doivent être des priorités politiques et économiques.

Dans ce sens, il s’avère nécessaire de revoir totalement notre approche de la nature. Elle n’est pas uniquement un espace exploitable ou ludique. Elle est le lieu natif de l’homme, sa "maison" en quelque sorte. Elle nous est essentielle.

Le changement de mentalité dans ce domaine, voire les contraintes que cela entraine, doit permettre d’arriver rapidement à un art de vivre ensemble qui respecte l’alliance entre l’homme et la nature, sans laquelle la famille humaine risque de disparaître. Une réflexion sérieuse doit donc être conduite et des solutions précises et viables doivent être proposées. L’ensemble des gouvernants doit s’engager à protéger la nature et l’aider à remplir son rôle essentiel pour la survie de l’humanité. Les Nations Unies me semblent être le cadre naturel d’une telle réflexion qui ne devra pas être obscurcie par des intérêts politiques et économiques aveuglément partisans, afin de privilégier la solidarité par rapport à l’intérêt particulier.

Il convient aussi de s’interroger sur la juste place de la technique. Les prouesses dont elle est capable vont de pair avec des désastres sociaux et écologiques. En dilatant l’aspect relationnel du travail à la planète, la technique imprime à la mondialisation un rythme particulièrement accéléré. Or, le fondement du dynamisme du progrès revient à l’homme qui travaille, et non à la technique qui n’est qu’une création humaine. Miser tout sur elle ou croire qu’elle est l’agent exclusif du progrès, ou du bonheur, entraîne une chosification de l’homme qui aboutit à l’aveuglement et au malheur quand celui-ci lui attribue et lui délègue des pouvoirs qu’elle n’a pas.
Il suffit de constater les "dégâts" du progrès et les dangers que fait courir à l’humanité une technique toute-puissante et finalement non maîtrisée. La technique qui domine l’homme, le prive de son humanité. L’orgueil qu’elle engendre a fait naître dans nos sociétés un économisme intraitable et un certain hédonisme qui détermine subjectivement et égoïstement les comportements. L’affaiblissement du primat de l’humain entraîne un égarement existentiel et une perte du sens de la vie. Car la vision de l’homme et des choses sans référence à la transcendance déracine l’homme de la terre et, plus fondamentalement, en appauvrit l’identité même. Il est donc urgent d’arriver à conjuguer la technique avec une forte dimension éthique, car la capacité qu’a l’homme de transformer, et, en un sens, de créer le monde par son travail s’accomplit toujours à partir du premier don originel des choses fait par Dieu (Jean-Paul II, Centesimus annus, 37). La technique doit aider la nature à s’épanouir dans la ligne voulue par le Créateur. En travaillant ainsi, le chercheur et le scientifique adhèrent au dessein de Dieu qui a voulu que l’homme soit le sommet et le gestionnaire de la création. Des solutions basées sur ce fondement protégeront la vie de l’homme et sa vulnérabilité, ainsi que les droits des générations présentes et à venir. Et l’humanité pourra continuer de bénéficier des progrès que l’homme, par son intelligence, parvient à réaliser.

Conscients du risque que court l’humanité face à une technique vue comme une "réponse" plus efficiente que le volontarisme politique ou le patient effort d’éducation pour civiliser les mœurs, les gouvernants doivent promouvoir un humanisme respectueux de la dimension spirituelle et religieuse de l’homme. Car la dignité de la personne humaine ne varie pas avec la fluctuation des opinions. Respecter son aspiration à la justice et à la paix permet la construction d’une société qui se promeut elle-même, quand elle soutient la famille ou qu’elle refuse, par exemple, le primat exclusif de la finance. Un pays vit de la plénitude de la vie des citoyens qui le composent, chacun étant conscient de ses propres responsabilités et pouvant faire valoir ses propres convictions. Bien plus, la tension naturelle vers le vrai et vers le bien est source d’un dynamisme qui engendre la volonté de collaborer pour réaliser le bien commun. Ainsi la vie sociale peut s’enrichir constamment en intégrant la diversité culturelle et religieuse par le partage de valeurs, source de fraternité et de communion. La vie en société devant être considérée avant tout comme une réalité d’ordre spirituel, les responsables politiques ont la mission de guider les peuples vers l’harmonie humaine et vers la sagesse tant désirées, qui doivent culminer dans la liberté religieuse, visage authentique de la paix... (...)

20 décembre 2010

Il a bivouaqué parmi nous

Nous avons été gratifiés pendant tout notre raid goum d’un temps idéal pour la marche et les bivouacs : « Merci Seigneur ! ». Mais au soir du grand rassemblement des 40 ans célébrés sur le Mont Chabrio, le dernier soir pour nous, la pluie nous a rejoints ; nous l’avons accueillie comme une bénédiction finale du ciel. Deux heures durant, emmitouflés dans nos parkas, en cercle autour d’un bon feu pour faire bouillir la marmite, nous avons échangé nos impressions et fait le bilan de cette semaine exceptionnelle. Malgré le temps, la joie était à son comble : le Christ était là. M’est alors venue à l’esprit la réalité du mystère de l’incarnation du Verbe dans toutes ses dimensions. La traduction liturgique du verset 14 du prologue de saint Jean est un peu édulcorée : « Le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous ». Le verbe hébreu, transcrit par saint Jean en grec, signifie mot à mot : « Il a planté sa tente parmi nous ». C’est dire la proximité de Dieu pour le peuple itinérant que fut Israël dans son histoire : au cœur du campement dans le désert, Dieu vient planter sa tente, signifiée par l’arche d’alliance.
En tirant un peu cette réalité, j’ai proposé aux goumiers qui m’entouraient une traduction plus réaliste encore : « Il a bivouaqué parmi nous ».
 Jésus était là à nos côtés, sous la pluie, et se réchauffait avec nous auprès du feu. Oui, en Jésus, Dieu n’a pas fait semblant et la réalité de l’Incarnation nous invite à être des hommes et des femmes incarnés. C’est l’un des aspects forts de l’expérience goum :

- (re)découverte des potentialités et des faiblesses de notre corps si peu ou si mal sollicité dans notre société contemporaine. L’homme n’est pas que cérébral ; la spiritualité par les pieds (surtout lorsqu’ils nous font mal) vient unifier la totalité des composantes de la personne humaine. La purification physique par l’effort éveille nos sens, leur rend toute leur noblesse et renouvelle notre rapport à soi, aux autres, à Dieu.

- le rapport à la nature au cœur de laquelle, dans la marche quotidienne, nous découvrons les traces du Créateur : splendeur des paysages dans le soleil levant et couchant tout autant que sous la pluie, richesse de la faune et de la flore, qualité du silence permettant presque d’entendre les battements du cœur de Dieu etc.

- attention aux autres dans le partage de ce qui fait le tréfonds de chacun comme de ses misères passagères liées à la marche, à la fatigue, à la faim, etc.

L’homme n’est pas un cul-de-jatte, mais un marcheur, un pèlerin devant l’Éternel. Dieu se fait proche :

- Comme jadis dans le désert où il manifeste sa présence dans la nuée, puis la tente de la rencontre où séjourne l’arche d’alliance, Dieu se fait proche !

- Comme jadis à Bethléem une certaine nuit de Noël, « où il vient bivouaquer parmi nous », Dieu se fait proche !

- Comme jadis sur la route d’Emmaüs où il rejoint deux disciples, Dieu se fait proche du désarroi de l’Homme !

- Comme jadis, aujourd’hui Dieu appelle chacun de nous pour incarner sa puissance (c'est-à-dire son dynamisme) de vie et d’amour et redire aux autres, en leur exprimant concrètement la grandeur de l’Homme, la grandeur de Dieu, la puissance de la vie et la beauté de l’amour, et cela dans les choses les plus humbles : « faire grandement les petites choses », disait sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.
ce trésor que vous avez découvert, faites-le découvrir à d’autres jeunes : ils crèvent de faim et de soif, de vrai, de beau, de pureté
Alors, chers amis goumiers, ne tardez pas : ce trésor que vous avez découvert, faites-le découvrir à d’autres jeunes : ils crèvent de faim et de soif, de vrai, de beau, de pureté. Dieu vous envoie vers eux. En son nom, traduisez en acte et en vérité l’un des fondements de la foi chrétienne : « Le Verbe s’est fait chair et Il a bivouaqué parmi nous ».

Padre Olivier Mabille

30 octobre 2010

Le Goum, une parcelle du Royaume de Dieu

Un Goum, osais-je annoncer au seuil de celui que nous venons de vivre, c'est une parcelle du Royaume de Dieu : car, au Ciel, nous retrouverons et nous nous rappellerons tout ce que nous aurons vécu pendant une semaine d'itinérance. A la dure (quoique raisonnablement), dans le dépouillement des faux semblant, appuyés sur la Parole de Dieu, fortifiés par les sacrements d'Eucharistie et de Réconciliation, éveillés à l'écoute intérieure, alertés par les enseignements de l'Eglise et la générosité de nos compagnons de route, rejoints par la simplicité du feu, le silence, la beauté de la Création. JESUS EST LA. Oui, Jésus vit au milieu de nous pendant un Goum. Et cette Vie, c'est déjà le Royaume.

P. Nicolas-Jean, op., été 2008

29 septembre 2010

Partir !

(D'après Spiritualité des raids Goums dans le désert, Padre Etienne Roze, 1994)

Il faut plus d'un tour de force pour partir ! Régler les derniers problèmes, surtout les plus inattendus, 'caser' les enfants pour ceux qui en ont, attraper la liste des affaires à emporter, bourrer son sac de choses utiles et moins utiles, faire le plein de vide parce que le vide est toujours moins lourd à porter ! Ne pas oublier les horaires de voyage, le lieu de rencontre, embrasser une dernière fois ses proches et puis sauter dans le train... Ouf !

Partir, pour les Goums, c'est avant tout quitter quelqu'un et laisser quelque chose : des personnes que l'on côtoie, des amis que l'on chérit, des ennemis que l'on supporte. Des activités prévues, garanties. Un confort assuré. Le lieu de la vie quotidienne, arfois monotone, routinier. Mais aussi une année d'études achevée par des examens exténuants... "Le Seigneur dit à Abraham : quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père pour le pays que je t'indiquerai. Je ferai de toi un grand peuple et je te bénirai". Abraham partit comme lui avait dt le Seigneur (Genèse 12, 1-4)"

Partir, pour les Goums, c'est changer de milieu. Dans un monde lancé à 100 à l'heure sur les pistes du "travail-à tout-prix" et du profit maximal au mépris de la personne, dans le bruit incessant et dans des villes parfois surpeuplées et agitées, il est assez difficile de se "situer". Une thérapeutique s'impose d'urgence : inverser ses conditions de vie et, au moins une semaine par an, changer de cadre.

"A ces mots, tous dans la synagogue furent remplis de fureur. Et, se levant, ils poussèrent Jésus hors de la ville et le conduisirent jusqu'à un escarpement de la colline pour l'en précipiter. Mais lui, passant au milieu d'eux, allait son chemin(Luc 4)"

Partir, pour les Goum, c'est se quitter soi-même. Laisser ses amis, un appartement, est encore de l'ordre du possible. Mais soi-même ? La déchirure sera beaucoup plus difficile et plus longue. Car chacun traîne sa carapace derrière lui, à longueur de vie ! Des souvenirs, des attaches secrêtes, des ennuis à n'en plus finir, des préjugés, des faiblesses, des complexes, des apparences que l'on s'invente pour paraître, et surtout des questions angoissantes parce que sans réponse. Ce qui importe, c'est de se quitter tout de suite, tel qu'on est. Car à vouloir être parfait, il y aura toujours une excuse pour ne pas partir. Le désert, la marche, le silence feront le reste. De toutes façons, à la fin il faudra bien tout quitter !

Partir pour les Goums, c'est se convertir. Là encore, il s'agit d'une... Télécharger la totalité du texte en pdf.